Vendredi 11 décembre 2009 5 11 12 2009 17:58
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Ce texte qui me bouleverse toujours, chanté (sans le dernier couplet) avec la simplicité toute nue, habituelle à Brassens. J'avais envie de le mettre ici :





Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
          Il n'y a pas d'amour heureux


Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
          Il n'y a pas d'amour heureux


Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
          Il n'y a pas d'amour heureux


Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
          Il n'y a pas d'amour heureux


Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
          Il n'y a pas d'amour heureux
          Mais c'est notre amour à tous les deux


 

Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)



Et puis, sur la même mélodie (le même "timbre"), le poème de Francis Jammes, magnifique aussi  :




LA PRIÈRE
Poème de Francis Jammes


Agonie.

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre;
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent:
Je vous salue, Marie.

Flagellation.

Par les gosses battus par l'ivrogne qui rentre,
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Par l'humiliation de l'innocent châtié,
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée,
Par le fils dont la mère a été insultée:
Je vous salue, Marie.

Portement de Croix.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,
S'écrie: "Mon Dieu!" Par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène;
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne
Je vous salue, Marie.

Crucifixion

Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins:
Je vous salue, Marie.

Invention de Notre Seigneur au Temple.

Par la mère apprenant que son fils est guéri,
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid,
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée,
Par le baiser perdu par l'amour redonné,
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie:
Je vous salue, Marie.
Par Tinuviel
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 12 2009 18:11
- Publié dans : POEMES EN VRAC - Ecrire un commentaire

Garçon !

Sers-moi un doigt de blues

un zeste de chagrin

une larme de sel

sur lit d'orange amère

trois glaçons sur mes plaies

en caresse fondante

pour réfréner le feu

qui me ricane au ventre

quelques pincées de lui

pour bercer mes paupières

givrées sur l'impossible

Et un baiser fantôme

pour labourer ma peau

fanée d'indifférence.monnet long drink


Garçon !

Sers-moi encore

quelques frivolités

sucrées

pour habiller son ombre

d'illusoires promesses.

 


Et sur la langue

le goût brumeux et fade

de son absence...


 

 

Tinuviel/Françoise Jeurissen

Décembre 2009

Par Tinuviel
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 12 2009 15:39
- Publié dans : ART - PHOTO - Ecrire un commentaire

Une découverte pour moi (assez ignare en peinture, faut dire). Envie de la partager :

Peintre russe contemporain, impressionniste/surréaliste, que je viens de découvrir et que je trouve fabuleusement imaginatif.
Ses créations sont souvent basées sur l'illusions d'optique, très colorées, lumineuses...











Voir ici, site officiel : http://www.vladimirkush.com/home.php

Voir aussi :
http://goodsites.kazeo.com/?page=article&ida=308283
http://exigeant.over-blog.com/article-1351840.html
http://en.wikipedia.org/wiki/Vladimir_Kush

Par Tinuviel
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 12 2009 20:20
- Publié dans : MOTS AU VENT - Ecrire un commentaire

Un jour, un jour où je serai debout, bien droite, je regarderai le monde dans les yeux, et je lui dirai tout le mal que je pense de lui. Et puis je soufflerai dessus pour l'éparpiller en millions de poussières noires, qui retomberont dans les égouts, d'où elles n'auraient jamais dû sortir, et je recommencerai à dessiner un tout nouveau projet.


Un jour, quand je serai grande, j'effacerai les mots de tous les formulaires, j'arracherai les aiguilles des horloges et je les planterai dans l'herbe des parcs interdits, pour offrir un tuteur aux tiges si frêles de l'amour, je brûlerai les cabanons remplis de monstrueux dossiers des huissiers, et je leur tricoterai un coeur tout neuf en plumes d'oiseaux, bien chaud, aux couleurs vives.

Un jour, je ferai des cordes nouées avec les cravates des ministres, pour qu'ils puissent s'évader de leurs costumes en béton armé et partir arpenter les nuages, je planterai des haies de rire mitoyennes aux parfums ensorcelants, dont les fleurs en hoquets ne s'épanouiront qu'au son des mots gentils.

Un jour, je construirai des bateaux en forme d'instruments de musique, pour envoyer les gens méchants et usés se reposer dans des îles sucrées, où le soleil sèchera leur tristesse et en fera des bancs de sable gris pour abriter les crabes, et où les arbres leur apprendront la vraie valeur du temps. Je préparerai des gâteaux de joie fondante qui dégoulineront sur les mentons de tous les enfants sans lumière, et j'apporterai des brouettes de caresses pétillantes qui réveilleront les vieux oubliés, je ferai sortir un singe rouge d'un chapeau plus pointu que la tour Eiffel, qui les fera tous faire des galipettes rigolotes au son d'un banjo multicolore.


Un jour, quand je serai grande, je serai une fée aux yeux d'amande, et je volerai.

Un jour, j'aurai la force de dire qui je suis et ce que je veux, et le pouvoir de réaliser mes rêves.

Un jour...

 

 

Par Tinuviel
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 12 2009 22:43
- Publié dans : NOMBRIL - Ecrire un commentaire

 

Depuis quelque temps, me lever est difficile. C'est si lourd d'extirper mon corps de son nid douillet, de l'utérus rassurant de mon lit. Me jeter hors des plumes de l'amnésie, suspendre mon vol nocturne pour retomber pesamment sur terre, voire même plus bas. Le choc est rude à chaque fois. Même ouvrir les yeux, découdre les paupières, est une épreuve, l'impression de déchirer violemment le voile bienveillant du sommeil qui permet d'oublier toutes les laideurs, d'amnistier toutes les trahisons, de maquiller toutes mes défaites sous des kilos de rêves colorés. Mais tous les jours ça recommence. Le glas du rêve, fin de la trêve du marchand de sable, c'est l'heure d'entrer de plein fouet dans la vraie vie. Bienvenue, madame-monsieur, l'express de 7h15 pour le cafard va passer... pas besoin d'attacher vos ceintures, de toute façon, ça ne risque pas de secouer beaucoup par ici, tout est plat, sans relief, désespérément morne.


Et puis, se lever pour quoi ? Pour affronter la grisaille ambiante, le froid, la pluie qui ne s'arrête plus de tomber depuis des semaines, au diapason de ma brume intérieure ? Évidemment, je dois. Même si pour l'instant je ne bosse plus, même si je suis à peine encore une femme, au moins suis-je encore une mère ; je suis grande et responsable, donc je me secoue les écailles et je me lève. Même si, à peine levée, je me demande à quoi bon... pour affronter quoi ? Moi-même, encore et toujours ?


Non, le matin, je n'ai plus qu'une envie : rester sous la couette, et dormir, ou en tout cas somnoler, pour ne pas penser, pour ne pas affronter la vraie vie, celle qui fait mal et qui pèse si lourd, qui sent le moisi dans tous ses recoins, qui pue l'échec. Ma vie qui n'a jamais vraiment trouvé son chemin, qui est restée depuis toujours engluée dans la peur, dans la fuite, dans l'erreur de jugement, celle qui a gaspillé ses enthousiasmes et sa passion en paris stupides, celle qui a tout perdu au jeu, à force d'optimisme béat, à force de vouloir « se refaire ». Ma vie monocorde et imbécile.


Mais dans le creux de mon lit, je peux rêver. Au moins il me reste ça. D'ailleurs, je n'ai jamais fait que ça, quand j'y pense. Rêver, sans jamais atteindre ni réussir quoi que ce soit. A croire que je suis née pour tisser ma toile dans un monde parallèle, à croire que je n'ai qu'un seul pied dans cette vie-ci, et l'autre dans une autre dimension, très loin là-bas, dans un pays inaccessible.


Un jour, je ne me lèverai pas. Je ne me lèverai plus. Je dormirai pendant des jours et des jours et des semaines. Je me lèverai juste pour mes besoins naturels, le minimum vital. Je m'en foutrai de tout. Quand mes enfants seront plus grands, un jour, je baisserai les bras, je fermerai les volets, je mettrai tout sous clef et je dormirai pendant des années. Je ferai ma laide au bois dormant. Je rassemblerai mes deux pieds de l'autre côté de mon miroir, et je me loverai dans mes rêves, ceux où l'amour n'est pas cette triste et pauvre chose impuissante qui s'étiole, ceux où je n'ai pas besoin de ramer à contre-courant de tout pour essayer de ne pas chuter, ceux où il m'arrive de réussir à entreprendre quelque chose sans me sentir découragée d'avance, ceux où je ne passe pas ma vie à me couvrir de cendres, à m'étouffer dans ma culpabilité, à expier d'improbables fautes...


Et je me nourrirai du rire des anges, je boirai la lumière des étoiles rieuses, je flotterai, enfin débarrassée de ce corps gris et encombrant, et peut-être, qui sait, réussirais-je à prendre par la main une certaine petite fille perdue au milieu de nulle part, à lui dire « je t'aime », à lui dire « n'aie pas peur, n'aie plus peur, je suis là ».

 


 

 

Par Tinuviel
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